28.07.2008
Barbey d’Aurevilly, l'ensorcelé de Normandie

Né dans la Manche à Saint-Sauveur-le-Vicomte, au sein d'une famille de la petite noblesse normande de très vieille ascendance, Jules Barbey d’Aurevilly passe son enfance à Saint-Sauveur puis à Valognes. En 1827, il se rend à Paris pour faire ses humanités et rencontre Maurice de Guérin, dont il devient un ami proche. Bachelier, il poursuit des études de droit à Caen, où il fonde avec Trébutien (son futur éditeur et correspondant) l’éphémère Revue de Caen (1832).
Un écrivain « engagé »
S’il baigne dès son plus jeune âge dans les idées catholiques et monarchistes, il fréquente un de ses oncles médecin aux idées libérales et qui exerce sur lui une profonde influence. Il sera un moment républicain et démocrate. Puis, Barbey, sous l’influence de Joseph de Maistre, finit par adhérer à un monarchisme intransigeant, méprisant le progrès et les valeurs d’un siècle bourgeois. Tout en menant une vie élégante et désordonnée de dandy, il se convertit au catholicisme vers 1846 et devient un défenseur acharné de l’ultramontanisme et de l’absolutisme.
Son premier roman L’Amour impossible (1841) passe inaperçu. Son travail de critique littéraire le conduit à collaborer successivement au Globe, au Journal des Débats, au Constitutionnel, au Nain jaune, à la Revue de Paris. Ses articles seront regroupés en volumes dans Les Œuvres et les Hommes. C'est un polémiste redouté, qui, en bon normand, s'attaque autant aux hérauts du positivisme qu'aux hypocrisies du parti catholique.
Du « connétable des lettres »…
Ses romans et son recueil de nouvelles Les Diaboliques (1874) ont pour toile de fond son Cotentin d'origine. Ils mêlent réalisme historique, surnaturalisme et exaltation romantique. Son œuvre dépeint les ravages de la passion charnelle (Une vieille maîtresse, 1851), filiale (Un prêtre marié, 1865 ; Une histoire sans nom, 1882), politique (Le Chevalier des Touches, 1864) ou mystique (L’Ensorcelée, 1855). Cette littérature de l’insolite et de la transgression, qui plonge le lecteur dans un univers surhumain, a valu à son auteur d'être accusé d’immoralisme et de sadisme. Toutefois, plusieurs écrivains (dont Baudelaire) ont loué le talent extravagant de cet auteur, notamment à la fin de sa vie. Ses « disciples » ont pour nom Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau ou Paul Bourget. Sa vision du catholicisme exercera une profonde influence sur l’œuvre de Bernanos.
Au « Walter Scott normand »
Dès Une vieille maîtresse, les récits de Barbey se déroulent systématiquement dans sa Normandie natale. La Normandie, ses paysages, ses coutumes, son histoire tiennent une grande place dans ses romans. Les poissonniers dans Une vieille maîtresse y parlent « comme des poissonniers véritables », c'est à dire en normand. Dans L'Ensorcelée, son roman suivant, et malgré les objections de ses amis Trébutien et Baudelaire, l'emploi du loçeis est plus accentué encore : on n'y parle pas « normand du bout des lèvres ». Cette langue devient un élément essentiel de l'esthétique aurevillienne : les langues sont « le clavier des artistes », « le moule-à-balles du Génie dans lequel il coule l'or ». La poésie pour lui « n'existe qu'au fond de la réalité et la réalité parle patois ».
Barbey demeure donc fidèle à son pays. L'évocation des paysages de cette région donne de la profondeur à ses romans. La lande de Lessay dans L'Ensorcelée, l'étang du Quesnoy dans Un prêtre marié, et Valognes sont au centre du récit, et ces romans ne pourraient pas se situer ailleurs. Ces paysages ne sont pas des cadres choisis et adaptés en fonction d'une histoire, ils proviennent des souvenirs de l'écrivain, et ne sont pas toujours fidèles à la réalité.
La Normandie et la vie provinciale, fortement associées à ses impressions de l'enfance, sont les atouts majeurs de son talent : « Le premier Milieu dans lequel ont trempé les poètes, voilà l'éducation ineffaçable, la véritable origine de leur genre de talent, ce qui damasquine et fourbit leur acier, ce qui en décide le fil et les reflets. ». Dès qu'il y revient et qu'il fait cette découverte aux alentours de 1850, il devient un grand romancier et écrit successivement la fin d' Une vieille maîtresse, Le dessous de cartes d'une partie de whist et L'Ensorcelée.
Un écrivain prêchant not’ loçeis
Notre grand auteur explique et justifie l'emploi du normand dans son roman Une vieille maîtresse (lettres à Trébutien): "Vous verrez que je n'y parlerai pas normand du bout des lèvres, mais hardiment, sans bégaiement, comme un homme qui n'a pas désappris la langue du terroir dans les salons de Paris et qui parle, comme un descendant des pêcheurs, pirates "d'azur à deux barbets adossés et écaillés d'argent".

J'ai déjà dit deux mots de ma vieille Normandie. La côte de la Manche est peinte à grands traits dans le second volume de Vellini, et les poissonniers y parlent comme des poissonniers véritables. Est-ce que Shakespeare, s'il avait été normand tout entier au lieu de l'être à moitié, aurait eu peur de notre patois?.. Vous verrez quelle langue c'est, et quel patois!"

Bibliographie récente :
Patrick Avrane, Barbey d'Aurevilly, solitaire et singulier, 2005
Jean-Pierre Thiollet, Barbey d'Aurevilly ou le triomphe de l'écriture, 2006
Barbey d'Aurevilly, l'ensorcelé du Cotentin, textes de Barbey rassemblés par Christine et Michel Lécureur, 2007
Pierre Leberruyer, Au pays et dans l'oeuvre de Jules Barbey d'Aurevilly : paysages envoûtants et demeures romantiques, 2008
Michel Lécureur, Jules Barbey d'Aurevilly : Le Sagittaire, 2008
16:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Petits secrets du parler normand : Description du paysage
Description du paysage
Au cours de leur progression et de leur installation en Normandie, les Vikings vont avoir besoin de s’orienter, de repérer et donc de donner des noms au paysage et aux repères qu’ils utilisent pour se diriger. La pénétration des Vikings en Normandie va donc s’accompagner d’une pénétration de termes norrois (langues des Vikings), décrivant le paysage dans le parler local. Et tout d’abord, il leur est nécessaire de s’orienter par rapport à des repères fixes et aux étoiles. Et donc « Nordi, Sudri, Estri, Vestri », mots vikings désignant les 4 grandes directions vont devenir normands sous la forme Nord, Sud, Est, Ouest. Les Vikings arrivant par la mer, il leur est indispensable pour leur orientation et leur sécurité de donner des noms aux îles, courants, rochers (… ) qu’ils vont rencontrer. C’est donc en premier lieu le paysage maritime qui est décrit. Ainsi le terme normand havre ou hable qui désigne un port, un refuge vient de « Häfn » ou « Höfn » qui en norrois signifie « port ». Par exemple le Havre de grâce, le Havre de goury, le Hable de Dieppe.
Un raz en normand est un courant rapide. Il dérive de « Ras » en Norrois qui veut dire « courant, chenal ». Exemple le Raz Blanchard.
Sound, un « détroit », vient de « Sund » (même sens) . Exemple le Sound de Chausey.
Le nez : un cap, un promontoire vient de « Nes » : « un cap ». Exemple le nez de Jobourg.
Les grunnes qui sont des hauts fonds par chez nous, a pour origine « Grunnr » en Norrois : « fonds marins, hauts fonds ».
Les mielles : dunes de sable. Le mot est issu de « Melr » : « dune ».
Crique vient de « Kriki » (même sens).
Cliff, « falaise » en vieux normand, vient de « Kliff » (même sens).
Quet, un « rocher en mer » vient de « Sker ».
Ecore, une berge escarpée vient de « Skorr » : « crevasse ».
Homme, Hommett, Houlme, Hou désignent en Normand un îlot. Ces mots dérivent de « Holmr » : « un îlot » en Norrois.
Houl, un creux dans les rochers vient de « Hol » : « creux ».
Estran en Normand : partie de la grève ou de la plage comprise entre marée haute et marée basse vient de « Strand » : « grève, plage ».
Dranguet, « rocher pointu isolé en mer » vient de « Drangr ».
Ber, un rocher vient de « Berg » : « rocher ».
Passons maintenant à la description du reste du paysage.
Une hague qui est un prairie recouverte en Normand a pour origine norroise « Hagi » : « enclos, pâturage » ou « Haka » : « promontoire ».
Nos nombreuses mares dérivent du norrois « Marr » qui d’abord désigne « la mer » puis ensuite « une étendue d’eau ».
Dalle, une vallée en vieux Normand vient de « Dallr », « une vallée » en norrois.
Dick : « levée de terre, talus, fossé » vient de « Deki » (même sens). Ce mot est peut-être à l’origine du mot français dique.
Banque est aussi « une levée de terre », dont l’origine est « Bank » (même sens).
Une londe est un bois, une forêt. Le mot vient de « Lundur » : « petit bois ».
Un bec en Normand est un ruisseau. Ce mot dérive de « Bekkr » : « un ruisseau » en Norrois.
Flet ou fliet, un ruisselet vient de « Fljot » : « ruisselet ».
Hogue, « une hauteur, un tertre » vient de « Hangr » qui a le même sens.
Une houlette : un trou de lapin vient de « Hol » : « creux ».
Un thuit est un « essart, une portion de forêt récemment défrichée ». Le mot vient de « Thveit » (même sens).
La gare : « la berge d’une rivière » vient du Norrois « Värr ».
Eiki le chêne, boki le bouleau, Eski le frêne, lind le tilleul…
Nous allons arrêter là notre énumération qui n’est pas complète mais qui devient fastidieuse pour le lecteur pour aborder deux points intéressants.
Le premier de ces points est le suivant. Un certain nombre de mots norrois décrivant le paysage et qui ont pénétré très tôt le vocabulaire normand ont peu à peu disparu dans le normand plus récent, plus moderne. Ainsi, par exemple, nous n’utilisons plus les mots dalle, londe, thuit, cliff…Nous n’utilisons plus bec, le ruisseau mais le mot fliet ruisselet s’est maintenu. Dick a disparu, mais banque s’est conservé (surtout dans le Cotentin). Cette disparition est mystérieuse et ces mots ne subsistent plus que dans les noms de nos villes et villages.
La deuxième remarque, et qui est très importante, est qu’un certain nombre de mots normands d’origine Viking sont passés en Français. Comme si le Normand avait servi de passerelle, de cheval de Troie pour introduire ces mots dans la langue française.
Nous reviendrons à plusieurs reprises sur cette originalité de notre « prêchi » et nous verrons l’importance du parler normand et des Normands dans la formation de la langue française. Ces mots ne sont pas des moindres, par exemple : le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest, un havre, une crique, l’estran, un raz, un sound, un nez, une hague (mot que l’on retrouve dans Hector Malot, auteur normand de la fin du XIXème siècle). Ils font partie du vocabulaire de base d’une langue. Et ils étaient très utiles avant le G.P.S..
Allez Boujou Byen et à bétôt.
Gilles Mauger
16:46 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le duché normand de monsieur de La Varende

Il semble parfois que certains hommes, en venant au monde, se soient trompés de siècle. Jean-Balthazar Mallard, comte de La Varende, était de cette race. Son siècle était trop petit pour lui.
Il aurait dû naître Viking et « chanter la messe des épées » sur les côtes de Neustrie. Il aurait dû chevaucher parmi les grands barons de Guillaume, duc et bâtard ; et roi... Il aurait dû être chevalier de Malte et mener en Méditerranée une galère de la Religion. Il aurait dû compter parmi ces gentilshommes campagnards, qui jamais n’avaient vu Versailles et qui se firent étriper dans l’obstinée et vaillante chouannerie de Monsieur de Frotté. Mais c’est en 1887 qu’il naquit... Sa double ascendance normande et bretonne, l’exemple de son grand-père maternel, l’amiral Fleuriot de Langle, lui donnèrent très jeune le goût des choses maritimes. La Varende voulut entrer à Navale. Il dut renoncer. De même il se crut artiste peintre et sculpteur. Aurait-il trouvé là sa voie ? En 1918, il revint de la guerre que, réformé, il avait faite dans l’emploi périlleux de brancardier, blessé jusqu’à l’âme, saturé d’horreur et de souffrances. Alors, la Normandie le sauva.
Jean de La Varende avait trois ans lorsque sa mère, restée veuve un mois à peine après la naissance de ce fils cadet, incapable de soutenir plus longtemps terres et château, dans la solitude d’une province qu’elle n’aimait pas, rentra en Bretagne. L’enfant n’avait pas eu conscience de son solage natal ; le déracinement brutal le lui fit connaître. Adulte, il décrivit ainsi son arrivée à Rennes et ses conséquences à long terme : « Je dois tout au mal du pays. J’ai été giflé, attaqué, mordu, propulsé par la nostalgie. (...) Dès l’instant où je mis le pied dans cette chère ville [Rennes] je suis devenu Normand conscient, Normand enragé, frénétique. La Normandie m’apparut une terre de promission ».
A l’aube des années folles, un riche mariage et le triste hasard des malheurs familiaux faisaient tomber le Chamblac, la maison ancestrale, dans l’hoirie du cadet. Une étrange alchimie allait bientôt y muer le châtelain en écrivain. Au centre d’une oeuvre de romancier, de nouvelliste, d’historien, d’hagiographe, un personnage aux visages démultipliés allait resplendir : la Normandie.
Par le pouvoir de son talent et de sa plume, La Varende serait tour à tour tous ceux qu’il n’avait pu être. Et, comme ceux-là étaient de son sang, il leur redonna vie.
Un peu vite, des critiques ont jugé La Varende si féru de sa noblesse qu’il aurait systématiquement, dans ses livres, donné le premier rôle à l’aristocratie. L’affirmation est à la fois vraie et fausse, juste et injuste. La République s’est acharnée à toujours caricaturer le second ordre, à le peindre infâme et tyrannique. Aristocratie signifie « pouvoir des meilleurs » ; La Varende, avec la fureur des descendants et des continuateurs, entreprit de dire ce qu’avait été la vraie noblesse française et à quel point, si souvent, elle avait été, en effet, composée des meilleurs. Il le démontra, tout naturellement, à travers l’armorial de Normandie et parmi les branches de son arbre généalogique. A bien y regarder, le panorama est complet : des origines du duché à 1943. A un bout, le duc Guillaume, fils de Robert le Diable et d’Arlette de Falaise qui n’était pas la fille d’un prince mais celle d’un pelletier de cette ville. A l’autre, le descendant solitaire de « Noël de guerre », qui, dans une chambre déserte et glaciale, tandis que les bombardiers passent dans le ciel sans étoiles, évoque et invoque, mêlant promesses et prières, les âmes secourables des ancêtres. Et, entre eux, entre le Conquérant et le vaincu, il a les Broglie, les Tainchebraye, les Galart, les La Bare, les Ghauville, les d’Anville, si pétris de fierté, de bravoure, de sang et de chair, qu’il est devenu impossible, du moins parfaitement inutile, de vouloir dissocier ceux qui vécurent de ceux qui doivent tout au maître de Chamblac. Près d’eux veillent les grandes femmes, qui sont mères ou amantes, mais rarement les deux. Nobles ou paysannes, c’est à travers elles que se confondront les familles en une souche unique, semblablement glorieuse et héroïque, celle que La Varende baptisa « Les Manants du Roi ». Peut-être parce qu’elle n’empêcha pas Guillaume d’aller très loin, peut-être parce que le Normand, s’il est catholique, n’en est pas moins porté sans vergogne sur les joies de l’amour, dans les prés ou dans les alcôves, la bâtardise n’a jamais été mal vue en Normandie ; ni les filles qui avaient fêté Pâques avant les Rameaux...
Quand Manfred de La Bare est tué en prenant une barricade communarde et que son frère, Gaston, « Le Centaure de Dieu », refuse de renoncer à la prêtrise pour sauver le nom, le vieux marquis de La Bare n’a aucune honte à reconnaître l’enfant que Manfred avait eu de Ferline, laquelle était déjà une cousine de la main gauche. Mieux encore : le petit Georges n’apparaît pas comme le fruit du péché, mais comme le rejeton miraculeux que, dans Sa bonté, Dieu daigne donner à cette souche qui allait mourir et qui L’avait si longtemps, si vaillamment et si paillardement servi. Et combien d’autres, dans l’oeuvre, qui ne rougissent pas d’être « très proches parents » de leurs Messieurs. Où suivre La Varende en Normandie ? Partout ! Sortez de Cherbourg, prenez la route de Goury, continuez vers La Hague, le Nez de Jobourg et Vauville. Pour guide, n’emportez rien d’autre que « Les Manants du Roi » et relisez « La Fugue », celle qui conduit Jacques de Galart, au lendemain de l’excommunication de l’Action française en 1926, vers « l’Acropole de la Normandie », vers les certitudes enracinées de sa province et de sa race. Personne ne vous dira mieux la sauvagerie, la noblesse et le tragique de ce circuit. Allez à Caen, dont le massacre en 1944 déchira La Varende qui croyait voir assassiner une seconde fois les morts. Entrez dans l’Abbaye au Hommes. Ici, en septembre 1080, fut inhumé le duc Guillaume, cet homme qui, parti de presque rien, avait reconquis le duché que sa bâtardise lui refusait, y avait fait régner une telle paix qu’un collier d’or laissé pendu à une branche y fut retrouvé intouché un an plus tard, et avait ceint la couronne d’Angleterre. Et c’est au biographe inspiré qu’il faut, sous les voûtes, demander de vous raconter l’étrange histoire de ces obsèques. Allez au Mont-Saint-Michel, en partant d’Argentan, quand « la saison s’incline vers l’automne ». Suivez le grand pèlerin, ce Normand du Moyen Age qui, s’en revenant de Jérusalem, voulait mourir aux pieds de l’Archange patron de la province. C’est la première nouvelle dans « Heureux les humbles ».
Le bocage, le vrai bocage
Allez de Rouen au Chamblac, en passant par Boutroude et Bernay, suivant la folle course de l’octogénaire comtesse de Bernberg née Galart, qui veut arracher l’un de ses fermiers aux Prussiens. C’est dans « Pays d’Ouche ». Allez en Normandie et lisez La Varende. La Normandie de La Varende est aristocratique et amoureuse. En un mot, elle est très royaliste ; elle est chouanne. Paradoxalement, La Varende n’a écrit aucun livre consacré à la chouannerie normande ni à Louis de Frotté qui fut pourtant, sans doute, de tous les héros, celui que l’écrivain aima le mieux. Et pourtant, la chouannerie et Frotté hantent tous deux nombre de pages sublimes. Si deux nouvelles seulement lui sont entièrement consacrées (« Le Dîner de la Fosse » et « Le Bouffon blanc »), la geste royale de Normandie reste le filigrane du « Centaure de Dieu », de « Nez-de-cuir », des « Manants du Roi », de plusieurs textes de « Pays d’Ouche » et d’ « Heureux les humbles », ainsi que de la trilogie des d’Anville. Elle fut, dans le sacrifice et le martyre, l’apothéose glorieuse des Meilleurs qui demeurèrent inconsolables ensuite de ne plus retrouver pareille cause et pareille ferveur.
Autres fiertés que se partagent gentilshommes et paysans, et même des hommes d’Eglise : le cheval et la chasse. La Normandie est pays de haras et de cavaliers. Roger de Tainchebraye, « Nez-de-cuir », aime les femmes, certes, mais aucune n’obtiendra de lui les larmes de chagrin qu’il versera pour son pur-sang, Agramant, qu’il tue involontairement dans une course insensée à travers les champs. Rien d’étonnant alors à ce que La Varende ait peint d’admirables figures de piqueux et cochers, plus passionnés encore, s’il se peut, par la vénerie ou les étalons que ne le sont les seigneurs... Ce que La Varende traque, c’est le Normand, le Normand dans les situations et à toutes les époques, comme étant l’émanation parfaite de la terre qui l’a produit. La terre elle-même ne vient qu’ensuite et, preuve encore de l’amour sauvage que lui vouait l’écrivain, elle est dite comme à la dérobade, au mot à mot, par allusion souvent.
La grande description minutieuse est rare. Deux raisons à cela : avant que l’Ouest soit mutilé par les remembrements abusifs, le bocage, le bocage coupait la vue, et le brouillard aussi... La Normandie se révélait par échappées ; le toit d’un château ici, la roue d’un moulin sur la rivière ailleurs. Mais la vue (La Varende était myope) comptait moins que le bruit. Une chanson surprise au détour d’un chemin, le pas d’un cheval, les sonneries de cloches, le murmure de l’eau sont, avec des notations de couleurs, les seules indications révélées au lecteur. Et pourtant, par ce procédé, jamais ne furent si bien comptés les Normands et la Normandie... jamais La Varende ne sera si bien conté par Anne Brassié qui a fait sa biographie. Des sots ont prétendu que La Varende était un pessimiste et qu’il poussait au désespoir. C’est vrai que le suicide est un thème souvent abordé. Mais, si La Varende, en vous prenant aux tripes, est capable de vous faire sangloter, il n’a pas son pareil non plus pour donner des leçons de courage et remettre debout les gens de bonne race.
Anne Bernet
16:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les portraits cauchois de Maupassant

Le soir de la Saint-Sylvestre 1891, un homme de quarante ans tente de se suicider. Comme il n’est pas absolument évident de s’égorger tout seul, le désespéré se rate, sonne son valet de chambre et lui dit : « Voyez ce que j’ai fait, François... J’ai voulu me couper la gorge : c’est un cas de folie absolu... »
La famille, les amis, les médecins seront d’accord, qui feront interner le malheureux dans la clinique du docteur Blanche, à Passy. Fait divers tragique, mais banal ? Non... Le dément se nomme Guy de Maupassant ; il était au sommet d’une oeuvre et d’une carrière littéraires exceptionnelles.
Peu d’écrivains se seront autant identifiés à leur terre que ce Cauchois dont René Dumesnil, l’un de ses plus fervents biographes, écrira : « Je ne sache pas qu’il existe pour aucune province rien de comparable aux contes et romans de Maupassant pour la Normandie. » Dans les trois cents nouvelles, contes et brefs romans qu’il publiera en dix années, Maupassant n’omettra jamais de placer le pays de Caux, ne serait-ce qu’en arrière-fond de ses histoires. A la façon des Impressionnistes, ses contemporains, Maupassant laissera de sa région des portraits sensibles, à la fois tremblés et rigoureusement exacts et ressemblants.
Plus Normand que lui, direz-vous, c’est difficile à rencontrer.
Erreur ! Quand il vient au monde le 5 août 1850 au château de Miromesnil, près de Dieppe, Guy est certes de vieille souche normande par sa mère, Laure Le Poittevin, soeur du meilleur ami de Flaubert, mais, par son père, il se rattache à l’armorial de Lorraine, province qu’ont désertée les Maupassant qui s’établirent à Rouen. Peu importe ! Guy ne se sent et ne se veut que normand. Et c’est cela qui compte. Même lorsqu’il aura déserté l’Etretat de son enfance au profit de Paris, puis de la Méditerranée, le souvenir obsédant de son ciel et de ses falaises le poursuivra. Il le dit, ce regret de l’arrachement nécessaire, presque vital, à travers l’un de ses héros, Célestin Duclos. Le jeune gars a quitté Fécamp pour partir matelot sur la « Notre-Dame-des-Vents », un bateau qui faisait la Chine : trois ans d’absence.
Il débarque enfin à Marseille, accompagne les camarades dans une « maison ». L’une des filles est cauchoise ; cela crée des liens... Comment la payse en est-elle arrivée là ? Célestin la pousse à causer et découvre, trop tard..., qu’il s’agit de sa soeur cadette. A quelles confidences fâcheuses vous conduit la nostalgie...
Normand, normand absolument
Dans ces quelques pages, Maupassant a mêlé certains de ses thèmes favoris : le marin, la prostituée, le parfum de la province aimée et cette indulgence sensuelle de la Normandie qui ne s’émeut guère du péché de la chair. Ainsi que l’avoue un curé bon enfant : « Les filles ne passent à l’église qu’après avoir fait un pèlerinage à Notre-Dame-du-gros-ventre, et la fleur d’oranger ne vaut pas cher dans le pays. » Personne ne songe à s’en offusquer et l’on sait le profit qu’en tire l’écrivain avec « La Maison Tellier », respectable établissement fécampois qui, un soir, sous sa lanterne rouge, affiche, imperturbable : « Fermé pour cause première communion ». Car ces gens dotés d’un tempérament gaillard ont malgré tout de la religion et là se situe la fracture réelle entre les classes. Maupassant prête à la marquise de Coutelier, en qui il voit le parangon de l’aristocratie provinciale dont lui-même était issu : « La société se divise en deux classes : les gens qui croient en Dieu et ceux qui n’y croient pas. Les uns, même les plus humbles, sont nos amis, nos égaux. Les autres ne sont rien ! »
C’est à la bourgeoisie obtuse qu’il appartient d’être bégueule, non à la vraie noblesse. Les imbéciles qui, après avoir « bêché » la pauvre Elisabeth Rousset, « Boule de Suif », la jettent dans le lit d’un officier prussien parce qu’une fille comme ça n’a pas à refuser un client, attentent en elle à un patriotisme authentique qu’aucun de ces misérables lâches ne possède. Le vrai scandale vient de ces pleutres, non du métier d’Élisabeth...
Bon observateur de ses compatriotes, Maupassant ne les ménageait pas. Il les savait charnels, « près de leurs sous » au point de laisser crouler le château ou la ferme par mesure d’économie, durs parfois avec les faibles, les pauvres, les inutiles.
Ne raconte-t-il pas, dans « L’Aveugle », comment un père abandonne son fils infirme dans la neige, un soir d’hiver, espérant bien que le garçon sera incapable de rentrer et qu’il mourra de froid dans la campagne (ce qui arrive effectivement...) ; ou la manière horrible dont sa maîtresse se débarrasse du vieux Pierrot, le brave chien, pour lequel le percepteur réclamait huit francs de taxe ?
Charnels et avares mais sublimes
Mais, après avoir cloué au pilori leurs défauts, Maupassant, soudain, les révélait : sublimes, héroïques, et sans y mettre plus d’ostentation que s’ils agissaient ordinairement.
« En mer », une nouvelle cynique : un patron de pêche voit l’un de ses gars le bras pris dans le treuil des filets. Pour le dégager, il faudrait trancher les filins ; et perdre une fortune... Javel, le matelot maladroit, se laisse stoïquement broyer le bras plutôt que de ruiner l’équipage...
Ou « Le Père Milon ». A l’instar de tous ceux qui vécurent 1870 et la « Débâcle », Maupassant sera obsédé par la défaite et l’humiliation.
Une résistance spontanée s’est organisée en Normandie contre l’occupant, qui entraînera d’ailleurs de sévères représailles. Le fermier Milon, brave homme tranquille, vient de perdre son père et son fils. Alors, comme si c’était la chose la plus normale qui soit, il décroche son fusil de chasse, va s’embusquer dans un chemin creux et tue seize Prussiens... Milon finira dans un peloton d’exécution.
Au moins sait-il pourquoi : « J’ai pas été vous chercher querelle, mé ! J’vous connais point. J’sais pas seulement d’où qu’vous v’nez... Vous v’là chez mé. Qu’vous commandez comme si c’était chez vous... J’me suis vengé. J’me repens point ! »
Cet héroïsme-là, pour Maupassant, sauve tout le reste. Peut-être bien que ses Cauchois sont durs, qu’ils manquent parfois à la charité, qu’ils aiment trop l’argent ; mais ils aiment davantage encore leur terre, et ils savent mourir pour elle. Maupassant dit également la Normandie des ports, celle des champs et celle des villes. « Bel Ami » comporte l’une des plus célèbres, des plus justes et des plus belles descriptions de Rouen, avec le méandre du fleuve et les jaillissements des églises, vu depuis Canteleu, d’une délicatesse telle qu’elle demeure la référence absolue malgré les bombardements de 1944.
Si vous faites de la voile entre le cap Antifer et Etretat, « Pierre et Jean », leur promenade nocturne pendant laquelle s’allument un à un tous les phares de la côte, reste encore d’actualité.
La pluie qui baigne les paysages, en automne, qui a une odeur de pommes pilées, une senteur de cidre frais qui semble flotter en cette saison sur toute la campagne, expriment, en quelques phrases, l’âme d’un terroir.
Une langue admirablement pure
Maupassant maniait également le patois dont les philologues constatent qu’il s’agit plutôt d’un français archaïque mais remarquablement pur. Si l’on excepte des déformations typiques, qui transforment un chat en « cat », un chien en « quin », un cheval en « qu’vâ », vous pouvez, à lire l’écrivain cauchois qui n’abusait point des effets locaux, retrouver la langue du XVe siècle et des racines latines droit sorties de Cicéron et disparues ailleurs. « Ne t’éluge pas ! », qui signifie à peu près « N’aie pas de chagrin ! », venant, par exemple, du verbe elugere (prendre le deuil)...
Certains critiques ont écrit que la Normandie de Maupassant était morte et que sa disparition entraînerait celle d’une oeuvre trop locale. Il n’en a rien été.
Qui oserait s’en plaindre ?
Anne Bernet
16:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Flaubert ou le scandale cauchois

Les mariniers qui descendaient la Seine à la nuit close s’avisèrent, dès la fin de l’an 1851, qu’un nouveau fanal s’était allumé sur le fleuve, aux approches de Rouen. L’endroit s’appelait Croisset. On disait qu’un fils de famille, de santé fragile, s’y était retiré, afin de soigner ses nerfs et d’y travailler en paix. Le jeune homme - il avait une trentaine d’années - veillait fort tard. Il arrivait que la lampe, dans son bureau, brûlât toute la nuit, et même qu’elle fût encore allumée au petit matin. On se demandait à quelle tâche titanesque s’était attelé ce souffreteux... Et combien il en abattait pendant ses veilles, si pratiques pour la navigation fluviale...
Les mariniers eussent été bien surpris de découvrir leur gringalet, et d’apprendre que, suant, penché sur des rames de papier, il passait son temps avec une femme qui, pour être le fruit de son imagination, était devenue plus réelle que toutes les vivantes. Cette étrange mauviette était un géant rubicond et moustachu, issu d’une lignée de médecins. Mais, démentant sa stature et son environnement familial, Gustave Flaubert avait des sensibilités de demoiselle. Cependant, il n’était pas susceptible. Ainsi avait-il admis honnêtement l’échec, cuisant pour sa vanité d’auteur débutant, de son « meilleur » manuscrit, une ambitieuse « Tentation de Saint Antoine ».
Les amis, victimes de la première lecture, lui avaient conseillé de jeter la chose au feu et d’apprendre à maîtriser et ses sentiments excessifs et son style qui ne l’était pas moins. Ces censeurs, alors, l’avaient condamné au pensum qui, tous les soirs, quatre années pleines, l’avait rivé à son bureau. Une histoire bien sordide, bien piteuse, bien ordinaire, comme la province savait les distiller en ce milieu du XIXe siècle.
Chirurgien-chef de l’Hôtel-Dieu de Rouen, le docteur Flaubert, père de Gustave, avait eu parmi ses étudiants un brave garçon nommé Delamare. Ce n’était pas une lumière et, renonçant à préparer le concours de l’internat, et même à finir sa médecine, il avait opté pour la situation bâtarde « d’officier de santé », qui formait des praticiens au rabais, utiles dans les campagnes perdues où les diplômés n’avaient cure de s’enterrer. Delamare s’était donc établi à Ris, en Seine-Inférieure. Il aurait pu y vivre tranquille et être apprécié s’il n’avait eu le tort d’épouser une trop jolie jeune fille, Delphine Couturier, qui avait la tête farcie de romans sentimentaux.
Un gringalet amoureux d’une ombre
Elle n’avait pas tardé à se dessécher d’ennui auprès de son lourdaud ; lui avait fait porter les plus hautes cornes du canton, sans qu’il en sache rien évidemment, s’était révélée nymphomane et avait ruiné son ménage en dépenses extravagantes. Couronnant le tout, Mme Delamare était morte à vingt-sept ans, dans des conditions assez troubles pour laisser soupçonner un suicide. Et son benêt de mari, inconsolable, l’avait suivie dans la tombe quelques mois après... C’était à pleurer, de rire ou de pitié, selon les goûts. Telle était la composition imposée à Gustave Flaubert.
Or, Flaubert était tombé amoureux de cette pauvre Delphine. Platoniquement, puisqu’elle était morte ; mais il la plaignait. Au fond, elle lui ressemblait comme une soeur : amoureuse, romantique, naïve, et tuée par le réalisme de cette époque bourgeoise ! Ayant reconnu les assassins de son double idéal, Flaubert entreprit de leur régler leur compte. Le supplice, qu’il devait définir un jour, en préparant « Salammbô », était joliment raffiné : « Soyons féroces ! Versons de l’eau-de-vie sur ce siècle sucré. Noyons le bourgeois dans un grog à 11 000° et que la gueule lui en brûle, et qu’il en crie de douleur ! »
Le bourgeois cria de rage. Oubliant le bourg de Ris et les Delamare, qu’il ne pouvait nommer, Gustave avait bâti, sur les confins du pays de Caux et de la Picardie, le village de Yonville-l’Abbaye. Une seule rue, partagée entre l’église et les halles, une mairie sommée d’un coq gaulois, l’inévitable auberge du Lion d’Or, son billard, sa patronne... Et la pharmacie, unique curiosité locale, hormis l’hebdomadaire voiture pour Rouen...
C’était dans ce trou qu’il avait installé sa belle Emma, dont il dirait un jour : « Madame Bovary, c’est moi ! » Qu’est-ce qu’Emma Bovary, née Rouault ? Une ravissante fille de fermier fortuné, dont la grâce, jointe à une éducation trop pourléchée pour son milieu, fait une insatisfaite chronique. Au lieu d’apprécier son sort, qui l’a transformée en femme de médecin rural au lieu de la laisser dans la laiterie paternelle, Emma rêve de noblesse, de bals et de voyages en Italie.
D’un vaudeville pitoyable, une tragédie
Mais ce qui enfonce la jeune femme dans son dégoût et son désespoir, c’est bien la vulgarité de son milieu. Non pas tant les paysans. Il y a chez le père Rouault une solidité terrienne qui manque malheureusement à sa fille. Et, quand Flaubert observait cette société gaillarde, paillarde et joyeuse, pas toujours raffinée mais bon enfant, telle qu’il l’a décrite lors des noces gargantuesques d’Emma, il le faisait avec indulgence. Le petit peuple n’est pas l’objet de ses colères ; il les réserve toutes à la bourgeoisie campagnarde, espèce détestable. Il en épingle tous les types. Si le pharmacien Homais, monument de sottise et de prétention, reste dans la littérature comme la caricature géniale du genre, il faut avouer qu’il est bien entouré. Rodolphe, le bellâtre faussement aristocratique, Léon, le jeune oison, le notaire qui rembourserait volontiers les dettes d’Emma si elle était accommodante... Et Bovary lui-même, ni paysan, ni citadin, mal dégrossi, à la fois gentil et égoïste, et si bête... Qu’Emma ait envie de les fuir est compréhensible.
La légende de Saint-julien l’Hospitalier
Où fuit-elle ? Pas loin, puisqu’elle ne va jamais plus loin que Rouen. Flaubert propose d’ailleurs une nomenclature de sa ville lors de la promenade en fiacre du couple adultère qui parcourt le centre et les faubourgs. Mais le coeur de Rouen demeure sa cathédrale. Flaubert, en fait, en romantique rentré qu’il est, est un passionné du Moyen Age. Sa fascination pour le quartier de l’eau de Robec, médiéval en diable, qu’il qualifie de « Venise puante », est évidente. La cathédrale est son double lumineux. Emma s’y accroche un instant comme à une bouée de salut dans son péché, tandis qu’un suisse imperturbable en propose la visite guidée et détaillée.
Elle s’y accroche sans la regarder, pas même « le portail nord » ! Flaubert, lui, aura passé un temps fou le nez en l’air à contempler les sculptures gothiques des façades et les vitraux. Il en tirera deux de ses « Trois contes ».
Ainsi aura-t-il découvert dans la petite Salomé la tête en bas qui tournera la sienne au point de lui inspirer les trente pages de « Hérodias » ; et dans les vitraux la légende de Saint Julien l’Hospitalier, ce chasseur impénitent qui tua ses parents et expia ses crimes par une vie de prières.
Cet héritage, Flaubert le revendique quand il écrit « et voilà la légende de Saint Julien l’Hospitalier telle qu’on la trouve sur un vitrail d’église, dans mon pays ». il a raison.
Là, il a puisé ses plus beau textes.
Anne Bernet
16:33 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
V'la qui r'crassine!
V'la qui r'crassine !
Autour d'un mot normand
par
Georges Dubosc
~*~
Pouvait-on trouver un titre plus significatif et plus juste pour une revue « locale » que V'la qui r'crassine, qu'arborent les Folies-Bergère sur leurs affiches ?
Le crassinage ou, prononcé à la normande le crachinage ou encore le crachin est un terme si normand qu'il est, pour ainsi dire, symbolique de notre cité et de notre terroir pluvieux. Barbey d'Aurevilly n'a-t-il pas déjà écrit dans ses Memoranda : « La Normandie n'est belle que dans les pleurs » ? Le crachin c'est donc la petite pluie fine, pénétrante et lente, comme tamisée, tombant trop souvent à Rouen pendant des journées entières qui paraissent sans fin. « Il pleut sur la ville comme il pleut dans mon coeur » dit Verlaine qui ce jour-là, a dû songer au crachin rouennais.
Qui veut garder une image typique de ce Rouen mouillé, trempé et triste, n'a qu'à se rappeler la rue et l'arcade de la Grosse Horloge, par un jour d'automne, sous la ruine de cette pluie douce, véritable brouillard condensé envahissant tout. Qu'il se balade encore sur les boulevards, sous les arbres dépouillés de leurs feuilles jaunies, au temps de la « Saint-Romain », quand les promeneurs vont patauger, sous une pluie fine tombant sans répit et dont l'humidité se mêle au relents de pétrole, d'acétylène, aux odeurs de graisse chaude des crêpes, des gauffres et des croustillons. Celui-là saura alors ce que c'est que le crachin, le vrai crachin. Et, il faut bien le dire, le crachin est nécessaire à la beauté et au décor de Rouen. Rouen, l'été, sous un soleil ardent, devient dur et rude, se découpe avec sécheresse. Combien les pinacles dentelés, les pyramides fleuronnées, les gâbles ajourés, gagnent en finesse aérienne quand ils se voilent et s'effacent sous la brume bleue du crachin ! De même, combien l'aspect moderne du Port en travail, s'élargit et s'agrandi quand la pluie brouille et recule l'horizon des collines et qu'on devine seulement les mâtures des steamers et les fils ténus du Transbordeur rayant le ciel gris.
*
**
Aussi bien, le crachin normand n'a-t-il pas ses lettres de noblesse ? Dans Madame Bovary, quand Emma, au matin, revient de quelque rendez-vous, elle raconte qu'elle a fait la rencontre du précepteur Binet, à l'affût, dans un tonneau à demi enfoncé dans les herbes, guêtres aux mollets, la casquette enfoncée, chassant au canard sauvage, avec sa longue carabine.
La conversation s'engage entre Emma et Binet.
« - Ah ! fort bien, fort bien, dit-il. Quant à moi, tel que vous me voyez, dès la pointe du jour, je suis là ; mais le temps est si crassineux, qu'à moins d'avoir la plume juste au bout de la carabine... Le temps n'est pas propice à cause de l'humidité, ajoute-t-il sournoisement, en regardant Emma, dont il soupçonne la conduite, mais il y a des personnes qui s'en arrangent ! »
Bien qu'il ne figure dans aucun dictionnaire de la langue française, le terme crassin et crassinage est si typique, si imagé, que nous n'avons pas été étonné de rencontrer ce vieux terme du patois normand dans un conte du Journal, et Dieu sait, si les contes du Journal sont... à la page ! L'auteur, qui est une femme, décrit l'arrivée d'un paquebot à Marseille.
Temps lamentable, dit-elle, brume, une espèce de brume dégoûtante qui poissait tout. Les passagers qui aiment bien voir l'arrivée, ne savaient ou se fourrer. Les remblardes collaient ; les ponts glissaient comme des margettes de lavoir ; le crachin chassait jusque dans le bar des premières. Tout le monde était transi. Un homme de l'équipage patine et se foule la cheville en tombant.
Et le fait que les mots de crassine, crassina, le verbe crassinar existent dans la langue d'oc et figurent dans le dictionnaire d'Honorat !
Par contre, dans aucun dictionnaire classique ou lexique de la langue française même ancien, vous ne trouverez le mot crassin ou crassiner, mais il figure par contre dans tous les lexiques et les dictionnaires de patois normand. Dans l'ouvrage bien connu, Le Dictionnaire du patois normand, de Moisy ; dans l'Histoire et glossaire du normand de l'anglais et de la langue française de Le Héricher (Tome II) ; dans le Dictionnaire franco-normand, ou recueil des mots particuliers du dialecte de Guernesey, de O. Métivier ; dans le Dictionnaire du patois normand de la Hague, par Jean Fleury ; le Glossaire du patois normand d'Edelestand et Alfred Duméril ; le Glossaire du patois normand, de Louis Dubois ; le Dictionnaire du patois du pays de Bray, de l'abbé Decorde ; le Lexique du pays de Caux, de A. de Fresnay ; le Glossaire de la vallée d'Yères, de Delboule, partout vous trouverez le terme du Crassinage.
*
**
Tous insèrent le mot et ses dérivés, avec la même signification, mais sur l'étymologie, les lexicographes sont d'opinions très différentes. Pour les uns crassin, crassiner, crachiner, bruiner se disant surtout d'une pluie abondante, et épaisse, vient de crassus, épais, de crassinare forme fréquentative de crassare « devenir épais ». C'est l'avis de Moisy, qui a trouvé dans Apulée, crassitas, signifiant épaisseur de l'air : « Aeris noxii crassitate densa » ou encore sous cette forme : « Terrarum halitu densiore crassatus aer ».
On rencontre, du reste, dans l'ancien français et dans le patois normand quelques termes qui semblent dériver de la même origine : le Crassier, le crassarius, le marchand de tout ce qui est gras, le marchand de graisse, d'huile, de beurre, de chandelle, voire même d'épicerie. De là aussi viendrait ce terme bien connu en Normandie, le Crasset, la lampe en fer, à crochet et à bec qu'on fichait dans une sorte de bâton. C'est un moyen d'éclairage très primitif qui existe encore dans le Cotentin, et à Jersey, qu'on retrouve, par exemple, dans les Rôles d'Oléron : « Le maître doit le mettre hors et lui doit querre un hostel et si luy doit bailler crasset ou lanterne ». Les Rimes guernesaises disent encore :
L'vent qui hurlait dans sa guerbière
Faisait que l'crassait brûlait bleu.
Les Anglais du reste ont gardé le mot cresset, lanterne, qui se trouve dans Milton :
Starry lamps and blazing crassets, fed
With naphta and asphaltus.
D'autres étymologistes ne peuvent se résoudre à faire venir crassin, crassiner, de crassus, comme le font Moisy, et surtout Le Héricher dans son Histoire et glossaire du normand de l'anglais et les frères Duméril. O. Métivier qui s'est particulièrement occupé du patois des îles anglo-normandes donne de crassiner et crachiner le sens particulier de « tomber en petites gouttes ». Pour lui, c'est un diminutif de cracher, un peu comme « crachotter ». « Les frères Duméril, dit-il, n'auraient pas dérivé, le crachinage, crassinage, du latin crassus, « épais », s'ils avaient su que les Anglais disent dans le même sens : spitting.
Par contre, Jean Fleury, qui fut un des plus charmants folkloristes normands, dans son Patois de la Hague, argumente fort ingénieusement contre Métivier : « Il crachyne, dit-il ; il tombe une pluie fine et pénétrante. Ce verbe ne peut venir de cracher qui est un mot d'une importation récente dans le haguais ; le vrai mot du pays, pour signifier cracher, est écopir ». Et c'est de là que nous vient la locution populaire : « C'est son père ou son frère, tout récopis ! » en français : « C'est son père ou son frère, tout crachés ! »
Crachin, ajoute Jean Fleury, procède donc de « crache », de « crasse ». « Quand y crachine, c'est la crasse de l'air qui tombe ». Ainsi discutaient les étymologistes normands, sans apporter de solution absolue. Grammatici certant et adhuc sub judicilis est.
*
**
Observateur de la température, des saisons, du régime des vents, des pluies ou de la sécheresse, le Normand, paysan ou marin, a trouvé dans son langage mille nuances pour particulariser chaque variation du temps. Souvent même, il le fait en manière d'adages ou de formules rimaillées, changeant suivant les dates et les fêtes. Il y avait dans un roman très étudié sur les moeurs cauchoises, La Cavée Malheurt, par Jean Fid, qui a été publié ici-même, un vieux type de berger qui avait un proverbe campagnard pour tous les changements du temps. Et c'était fort justement observé.
Pour la pluie, en dehors du crachin et du crachinage, il y a encore bien d'autres variétés d'averses ou d'ondée. C'est la birouée, la brouée, la berouasse, la brouasse qui est une pluie fine et lente qui brouille le temps. Le poète Gustave Le Vavasseur dans les Locutions normandes, a montré ce qu'était la brouée du matin et a donné un conseil pour la combattre victorieusement d'après un vau-de-vire de Jean Le Houx :
C'est une grande charité
De remettre en santé
Une gorge altérée,
Lui donnant au matin
Du jus incarnadin
Pour chasser la brouée !
Le terme est du reste assez répandu. On le trouve à Guernesey et même dans le patois du Jura. La guilée, c'est autre chose. C'est une averse qui chasse, une ondée qui tombe avec force ; le mot vient du vieux mot giler, jaillir, qu'en notre temps les écrivains naturalistes surtout, ont transformé en gicler, dont Emile Zola a fait une consommation énorme. Le vin, l'eau, le sang giclaient à tour de rôle !! Dans une petite pièce, Les Contents, d'Odet de Tournebus, un sieur Girard, dit à Rodomont : « Je n'ai pas été sitôt à la Rapée que j'ai senti une guillée d'eau, ce qui a été cause que j'ai tourné bride. »
Somme toute, c'est une pluie rapide et courte, ce que le paysan appelle « une pluie d'abat ». D'autres la confondent avec l'harée, ou plutôt l'horée, la pluie qui dure une heure. Au demeurant, le terme n'est pas purement normand, mais est un mot venu du vieux français. Robert Estienne, dans sa Grammaire, l'a cité : « Harée est une pluye qui ne dure qu'une heure, ou guilée ». Le Dictionnaire de l'Académie l'avait accueilli et ne l'a fait disparaître que dans sa septième édition, en 1877.
Mais que d'autres termes il y aurait à relever dans le langage imagé, savoureux des paysans normands à propos de la température, qui est une des préoccupations constantes de l'homme de la terre. C'est le temps maigre, le temps sec et froid du commencement du printemps et des semailles ; le temps matonneux, rempli de petits nuages blancs arrondis, comme des matons ou grumeaux de lait, dit Cotgrave dans son Dictionnaire, mais qui pourrait bien être une déformation de moutonneux, dont l'image est également tirée de la vie agricole. Voilà encore le temps embrunché, le temps qui s'embrunche, qui se couvre et qui brunit. Le mot a de la couleur. C'est un vieux terme français, qu'on trouve dans Alain Chartier, « Me tenant la teste et les yeux embrunchés », et en même temps dans le Procès de Jeanne d'Arc, où la jeune paysanne est représentée la tête penchée et embrunchée sous un chaperon. Les Anglais ont du reste gardé le terme : to embrown.
Et les vents ! Comment ne pas citer les rouvents ou rouxvents si redoutés du paysan normand, pour les arbres en fleurs de sa masure, ou pour ses pommiers, mauvais vents sournois de printemps qui font périr rapidement les fleurs des arbres fruitiers.
Il faut qu'avril jaloux brûle de ses gelées,
Le beau pommier trop fier de ses fleurs étoilées,
Neige odorante du printemps.
Voici encore le vent du sud-ouest, le surouet, comme disent les marins et les pêcheurs, qui le connaissent bien, et qui a donné son nom au « ciré », au vêtement des matelots en temps d'orage. Voici aussi le halitre, qui, par l'action du froid aigre et du vent, cause des gerçures sur les lèvres. Le Héricher, dans son Histoire et Glossaire du normand, de l'anglais et du français, veut qu'il vienne de haler et de haleter. Le halitre, il n'est guère de terme encore plus employé dans les campagnes normandes.
La caline, la caleine - qui est tout le contraire - signifie chaleur étouffante, lourde, pesante, orageuse, des mois d'août, au temps de la moisson. Le terme vient du latin calor, chaleur, et du bas latin calina. Les Anciens appelaient calinae les éclairs de chaleur. Mais connaissez-vous l'hernu ? Le terme est peut-être moins usité, mais il est bien significatif. C'est le tonnerre lointain, qui roule sourdement, sans pluie, en temps d'orage... Parfois l'hernu menaçant se tait et une riée, un rayon de soleil qui apparaît à travers les nuages, rassure les aoûteux dans la plaine.
Mais voilà encore un terme, qui, par un détour, nous ramène à l'humidité de la terre et aux pluies d'automne. C'est la mucreur du sol, c'est encore le remeuil, d'où vient notre mot français : remugle, remeugle, dont ont tant abusé les romanciers français, notamment J.-K. Huysmans, ou le debet, variété du dégel qui pleure et qui larmoie. Actuellement règnent encore les beaux jours, mais soyons sûrs que dans quelques mois, quand la terre normande disparaîtra encore sous son voile de brume impondérable, de brouillard et de bruine, qui est son atmosphère, quand les petites pluies tomberont inlassablement pendant des jours entiers, on répétera encore le titre de la revue de saison : V'là qui r'crassine !
GEORGES DUBOSC
DUBOSC, Georges (1854-1927) : V'la qui r'crassine !, autour d'un mot normand (1926).
Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (09.VII.2004)
Texte relu par : A. Guézou
Adresse : Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex
-Tél. : 02.31.48.41.00.- Fax : 02.31.48.41.01
Courriel : mediatheque@ville-lisieux.fr, [Olivier Bogros] obogros@ville-lisieux.fr
http://www.bmlisieux.com/
Diffusion libre et gratuite (freeware)
Orthographe et graphie conservées.
Texte établi sur l'exemplaire de la médiathèque des Chroniques du Journal de Rouen du dimanche 15 août 1926.
11:33 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
20.07.2008
Petits secrets du parler normand
Savez-vous qu’un très grand nombre de mots du vocabulaire normand sont d’origine scandinave ?
En effet, les Vikings, en peuplant la Neustrie (nom porté par la Normandie avant les Vikings) et en fondant le duché de Normandie en 911, ont apporté avec eux, en plus de leurs navires, leur langue et son vocabulaire.
Une partie de ce vocabulaire est ensuite restée dans notre langue normande et est parvenue jusqu’à nous en traversant les siècles.
Ainsi une kanne à lait, mot que tout le monde connaît à la campagne vient de « kanna », qui en vieux scandinave signifie « récipient ». De même le mot bru (la belle fille) vient de « brydh » qui veut dire « la fiancée ».
Cette imprégnation du parler normand par le vocabulaire et la grammaire scandinave (viking) s’est faite dans de nombreux domaines. Par exemple :
La description du paysage : ainsi, le mot « bec » (le Bec-Hellouin) tire son origine du mot « bekkur » qui en Viking signifie « ruisseau », ou bien le mot « mare » qui vient du scandinave ancien « marr » signifiant « étendue d’eau ». Et Dieu sait si les mares sont nombreuses en Normandie.
Les noms de plusieurs centaines de nos villes et de nos villages sont issus du scandinave ancien. Par exemple, Routot (le domaine de Rolf) ; Elbeuf (la chaumière des puits) ; Ecaquelon (le bois des voleurs) ; Catelon (le bois du bétail ou du chaudron).
De même, un certain nombre de noms de famille ont réussi à traverser les siècles et à parvenir jusqu’à nous. Souvenez vous du plus grand coureur cycliste français et normand, Jacques Anquetil. Son nom est un patronyme d’origine scandinave « Askettil » qui signifie le « chaudron des dieux », nom qui était très à la mode à l’époque des Vikings.
La vie paysanne. Ainsi, mettre une vache au tierre, tierrer, détierrer provient du mot « tjödr » en vieux scandinave qui signifie « corde à chevaux ».
La mer et la pêche. Savez-vous que crabe, homard viennent du Viking « krabi », « hummar »… ?
La marine et la construction navale. Rien d’étonnant à ce que les Vikings, grands navigateurs qui sont allés en Islande, au Groënland et jusqu’en Amérique, aient fortement influencé notre vocabulaire. Par exemple, les mots bateau, étrave, quille, mât, hauban… sont issus du scandinave ancien.
Le droit et la justice. Ainsi, le mot meurtre non seulement est d’origine Viking, mais correspond à un degré dans la hiérarchie des crimes du droit scandinave.
La botanique aussi mais à un degré moindre. Par exemple, les dogues, mauvaises herbes bien connues des Normands. Et bien le mot vient de « doga » qui signifie « mauvaises herbes » en norrois (langue scandinave ancienne).
Tout ce vocabulaire d’origine scandinave qui a envahi pratiquement tous les domaines de l’activité humaine du Moyen Âge montre bien que les Vikings, qui étaient de grands guerriers et des conquérants étaient aussi et peut-être avant tout des marins, des pêcheurs, des paysans et des commerçants apportant avec eux technologies et vocabulaire correspondant.
Mais ce n’est pas tout. Saviez-vous que notre langue normande a d’autres originalités, qui méritent notre attention et que la langue normande a joué un grand rôle dans :
La formation de la langue française : Nord, Sud, Est, Ouest sont des mots d’origine normande, issus du scandinave.
La formation de la langue anglaise. Des centaines de mots du vocabulaire anglais sont d’origine normande, apportés par les Normands de Guillaume le Conquérant lors de la conquête de l’Angleterre en 1066. Qui penserait que le mot anglais « pocket » (qui veut dire poche) est issu du normand « pouquette » ? Et tant d’autres.
Si tous ces petits secrets de la langue normande vous intéressent, alors boujou byen et à bétôt.
Gilles Mauger
10:42 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Nouveau CD de Magène
Grans de sablle CD Album grand format
Ce CD est entièrement consacré à Alphonse Allain, un poète qui vit près de Cherbourg.
Les 11 textes ont été mis en chansons et sont interprétés par Daniel Bourdelès.
Les arrangements musicaux, superbes, sont de Philippe Roy, un nouveau venu dans notre univers.
Notre association a voulu lettre en lumière les textes réalistes d'Alphonse Allain, auteur discret et sensible dont la poésie originale colle bien à notre époque.
Un livret grand format, tout en couleurs, accompagne le disque. On y trouve les textes intégraux, des informations sur l'auteur et des photos étonnantes de la Hague signées par Antoine Soubigou.
http://magene.chez-alice.fr/
10:31 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.07.2008
La Loure


Fondée en 1998, l’association La Loure travaille à recueillir et valoriser les chansons, musiques et danses traditionnelles en Normandie. A partir de ses enquêtes de terrain, elle organise régulièrement des animations (veillées, randonnées chantées...) et des formations pour transmettre aujourd’hui tous ces répertoires issus de la mémoire collective. À cet effet, La Loure est également membre de la Fédération des Associations de Musiques et Danses Traditionnelles (FAMDT).
La Loure tire son nom de la loure*, instrument de musique traditionnel en Normandie. Il s’agissait d’une cornemuse. D’où le verbe lourer en parler normand, qui signifie geindre, se plaindre (la cornemuse ayant en effet un son assez « geignard »).
Contrairement à d'autres régions de France, comme la Bretagne ou l'Auvergne, la Normandie n'a pas connu, au XIXème siècle, de grandes vagues de collecte. Aussi, quand on parle de musique traditionnelle, on ne pense pas toujours à la Normandie et il semblerait bien que ce soit un tort ! La relative absence de la musique traditionnelle normande reflétait surtout la pauvreté de travaux et de sources écrites.
L'après-guerre avait vu Jeanne Messager publier une compilation de danses normandes. Puis plus rien jusqu’aux années 70, en pleine vague du renouveau folk, le travail de collecte et de publication reprit sous l'impulsion de Michel Colleu. Ce sursaut ne dura guère, et le reflux de la musique folk dans les années 80 arrêta l'effort entrepris auparavant. Depuis 1998, cependant, la recherche en musique traditionnelle a pris un nouvel essor avec la création de l'association La Loure.
Collectage, étude, formation, animation et édition : ce sont les principales activités de l'association.
La collecte : Permanents de l'association et bénévoles collectent les chants et les musiques auprès des Anciens, étudient le répertoire recueilli et constituent des archives sonores. Il est possible pour tout un chacun de venir collecter avec les membres de l'association puisqu'elle organise des initiations à la collecte.
La formation : Régulièrement, la Loure organise et propose des stages de formation en chant, danse ou pratique instrumentale.
Des ateliers de chant, de violon sur Vire et Domfront.
L'animation : La Loure organise également des animations autour de la musique traditionnelle : randonnées chantées, veillées, joutes chantées, concerts, bals pour enfants un peu partout en Normandie.
L'édition : Pour pérenniser son travail et promouvoir la musique normande, La Loure a commencé depuis cinq ans à éditer des disques. Trois sont déjà sortis. Pour chacun d'eux, un épais livret replace les chansons dans leur contexte historique et ethnographique.
M'y promenant" (2001)
Ce fut le premier CD édité par La Loure. Pas sur un thème particulier pour ce disque mais plutôt un panorama de la chanson traditionnelle normande à travers cinquante années d'enregistrements et de collecte.
"En revenant de noces" (2003)
Premier CD thématique : Les chants et musiques de noces.
"Danse donc" (2006)
Second CD thématique : Les musiques à danser de Normandie
On pourrait penser que la Normandie est pauvre en danses traditionnelles. Il n'en est rien comme le prouve ce nouvel opus issu de cinquante ans de collecte : suites d'avant-deux, branles, rondes, scottish, contredanses...
Sont en préparation deux nouveaux disques (et deux nouveaux livrets !). Le premier est la suite de la collection principale, il s’agit d’un CD dont la thématique est centrée sur les complaintes. Par contre, le second disque est centré sur une nouvelle approche, une thématique locale. L’équipe de La Loure compte nous livrer une collection de chants et musiques regroupés de manière locale. Pour ouvrir le bal, c’est le Pays des marais du Bessin et du Cotentin qui a été choisi.
Association La Loure - Musiques et Traditions Orales de Normandie
2, rue Saint-Martin 14500 Saint-Martin-de-Tallevende
Tél. : 02 31 68 73 49
laloure@wanadoo.fr
http://laloure.org
Si vous êtes intéressés par une collaboration avec La Loure, n'hésitez pas à les contacter. Notez bien qu’il est dans les projets de La Chouque de voir éclore un atelier parler et traditions orales locales (pays du Roumois, du Lieuvin et de la basse vallée de la Risle). Il est évident que cet atelier pourrait tout à fait inclure une partie collectage de chants et musiques dans les environs**.
* La loure est une danse française, proche de la forlane et de la bourrée auvergnate. Elle tire son nom d'un instrument à vent normand de la famille des cornemuses qui l'accompagnait.
De rythme ternaire 6/8 et de tempo lent, elle se reconnaît à la forte accentuation du premier temps. Cette caractéristique a d'ailleurs donné le verbe « lourer », utilisé plus largement par les musiciens. Son aspect pesant en fait l'une des danses les moins prisées et les moins utilisées. Sa période s'étend de la fin du XVIIème siècle au début du XVIIIème.
Cette danse paysanne fut intégrée dans la suite instrumentale, accompagnant notamment la gavotte, la bourrée et la gigue chez Jean-Sébastien Bach (Suite française n° 5 en Sol majeur). D'autres compositeurs ont proposé des loures : Marc-Antoine Charpentier, François Couperin, Georg Philipp Telemann, Jean-Philippe Rameau, etc.
Sur le plan chorégraphique, la loure ressemble à une gigue lente, comportant deux pas par mesure, aux enchaînements complexes et aux ornements infinis. Elle a été décrite par Raoul-Auger Feuillet en 1704, dans son Recueil d'entrées de ballet de Mr Pécour.
**Pour toute candidature et acte de volontariat à ce sujet contacter Emmanuel Mauger 06 27 12 79 86
Merci à Guillaume Lemaître de L’Écho des Vagues pour les infos sur La Loure.

10:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Expressions locales.
Le Dr Gilles Mauger collecte depuis plusieurs années des expressions au sein de sa famille. un travail de mise en page de cette collecte est en cours afin de pouvoir disposer de la liste en ligne sous forme de document .pdf.
De même, un important travail sur le vocabulaire anglais d'origine normande est en cours par le Dr Mauger. Les résultats de cette recherche seront bientôt disponibles en ligne.
Ces listes de vocabulaire seront régulièrement mises à jour.
09:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







